Ex Cathedra, la part invisible de l’objet

L’exposition s’articule autour d’une série de plus de 430 photographies réalisées entre 1998 et 2009 et tirées au format 10×15cm. Le projet propose au public de partager le regard ex cathedra, porté par le designer, sur du mobilier abandonné (chaises, fauteuils, tabourets ou divans), au gré des voyages et du hasard, sur les trottoirs d’une cinquantaine de villes dans le monde.
Au-delà des images présentées dans l’espace de la galerie, le projet propose, sous forme d’affichage public, un parcours dans les rues de Marseille. Parallèlement aux visiteurs de la galerie qui effectuent un voyage immobile au travers des images réalisées à travers le monde, les photocopies affichées dans la ville interfèrent avec le quotidien des passants marseillais, les invitant de façon impromptue, à partager la réflexion de l’artiste sur l’objet.

Lire l’article de Julia Hountou : La part invisible de l’objet / 16-07-2009


Ceci n’est pas une photo : de la coïncidence à la règle
Ces clichés sont avant tout les uniques traces d’installations temporaires et involontaires composées de mobilier jeté aux ordures. Au-delà de l’utilisation de l’image pour son sens esthétique, ce travail propose donc un usage de la photographie comme témoin d’un regard particulier porté sur l’objet.
Ex cathedra met en scène ce regard. Les cadrages portés sur ces installations impromptues de mobilier captent le caractère intime de ces saynètes. Sérénité, solitude, abandon, timidité, tendresse, ivresse, lascivité, complicité, bouderie, etc. : chaque image offre un caractère unique associé à l’objet.
La réflexion d’un designer, pour concevoir un objet ou un vêtement, implique de prendre en compte, non seulement des valeurs matérielles (pratiques, esthétiques, productiques) mais aussi symboliques (émotionnelles, affectives, caractérielles). Une fois dans la rue, le mobilier est privé de son contexte habituel et surtout de sa fonctionnalité. Sa part symbolique en est, du même coup, exaltée, et c’est ici précisément ce que l’acte de photographier cherche à souligner. L’image réalisée marque le passage ex cathedra du statut de banale coïncidence à celui d’objets dotés de valeurs humaines symboliques.

Objet (mobilier, vêtement) = Valeurs Matérielles + Valeurs Symboliques

 

Rituel
« Ce projet, au fil des ans, est devenu un rituel. Je ne pars jamais en chasse, mais je photographie le mobilier abandonné lorsque je tombe dessus par hasard. Au détour d’une rue, une scène d’ordre intime se joue sur un bout de trottoir. Le mobilier photographié renvoie automatiquement à ses usagers : leurs positions, leurs styles, leurs imperfections…
Au-delà de l’effet de surprise que crée la vision de scènes familières composées de mobilier abandonné sur un coin de trottoir, ce qui me saute chaque fois aux yeux, c’est la dimension familière et l’identité que l’on projette sur ces objets et qui nous donne l’impression qu’ils racontent une histoire, qu’ils ont de véritables qualités humaines.
Chaque chaise ou fauteuil que je remarque, dans tous les endroits que je visite me replonge instantanément dans cette réflexion et les photographier, c’est un peu rendre hommage à la fugacité de cette rencontre. Une minute plus tard, la vie reprend son cours, normalement, et comme si de rien n’était. »

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